GrapheneOS, cet Android anti-mouchards qui énerve les autorités

GrapheneOS, un système d’exploitation mobile ultra-sécurisé, est dans le collimateur des forces anti narco-trafic. Les initiateurs du projet dénoncent des accusations biaisées et déclarent cesser leurs activités en France.

C'est un outil peu connu du grand public mais apprécié des défenseurs de la vie privée et... des trafiquants de drogue. Le logiciel GrapheneOS vient de surgir dans l'actualité suite à un article du Parisien, qui le présente comme le nouvel outil favori des trafiquants pour dissimuler leurs échanges via leurs téléphones portables. GrapheneOS compliquerait la tâche des analystes de la police judiciaire spécialisés dans la cybersécurité (OFAC).

Un Android « durci »

Qu'est-ce que GrapheneOS ? Il s'agit d'un dérivé libre d’Android, pensé pour offrir un niveau de sécurité très supérieur à celui d’un téléphone standard. Fondé par un développeur canadien, Daniel Micay, GrapheneOS renforce l’isolation des applications, limite les permissions et exclut par défaut tous les services Google.

Cette version « durcie » d'Android fonctionne exclusivement sur smartphone Pixel. Cet OS, recommandée par Edward Snowden, attire particulièrement les défenseurs des droits humains, les chercheurs en cybersécurité ou encore journalistes. Problème : il séduit aussi les malfrats.

Des téléphones « impossibles à déverrouiller »

L'article du Parisien qualifie GrapheneOS de « botte secrète des narcotrafiquants pour protéger leurs données de la police ». Selon des sources policières citées, plusieurs téléphones Pixel équipés de GrapheneOS auraient été saisis et demeurés inaccessibles aux services d’enquête. La police judiciaire aurait même diffusé une alerte interne auprès des autres services, indiquant qu'aucun de ces engins « n’a pu être ouvert par la police ».

GrapheneOS dénonce « un virage autoritaire »

Face aux accusations, les initiateurs GrapheneOS ont vivement réagi, dénonçant une présentation biaisée. Ils estiment que l’OS est injustement présenté comme un outil criminel alors qu’il repose sur des principes de protection de la vie privée. Ils dénoncent des amalgames, l’article du Parisien parlant de fonctions « effaçant le téléphone » ou d’icônes « piège » - ce qui, selon eux, serait faux. Résultat : ils auraient décidé de quitter la France.

« Nous ne nous sentons plus en sécurité pour opérer en France », expliquent les responsables de GrapheneOS, qui viennent d'annoncer la suspension de ses activités en France et le retrait de ses serveurs hébergés dans l’Hexagone (notamment chez OVHcloud) vers d’autres pays. Les responsables dénoncent un « virage autoritaire » de la France dans la façon d’aborder les technologies de chiffrement et estiment que la présence locale devient insoutenable.

Ce départ ne devrait pas empêcher pas les adeptes, quels qu'ils soient, d'utiliser GrapheneOS, mais cela devrait mettre les responsables du projet à l'abri d'éventuelles poursuites.

Éternel débat sur le chiffrement

L’affaire s’inscrit dans une problématique plus large : les États réclament toujours un accès légal aux données pour les enquêtes graves, tandis que les spécialistes de la sécurité affirment qu’affaiblir un système pour la police revient à l’affaiblir pour tous.

GrapheneOS rappelle que son OS, bien que robuste, est open source et n’a pas été conçu spécifiquement pour des usages illicites, mais pour protéger les utilisateurs ordinaires, activistes ou exposés.

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