📰 Contre toute attente, l’IA devient un outil de lutte contre les fake news
Monde Numérique16 mai 202506:02

📰 Contre toute attente, l’IA devient un outil de lutte contre les fake news

D’abord présentées comme dangereuses, des IA se révèlent au contraire très utiles dans la lutte contre la désinformation sur les réseaux sociaux. C'est la cas, notamment, de Grok, le chatbot d’Elon Musk intégré au réseau social X, pourtant très décrié au début.

🧩 Des IA controversées… devenues utiles

On les croyait incontrôlables, biaisées, voire dangereuses. Pourtant, des intelligences artificielles comme Grock — l’IA maison d’Elon Musk — ou Perplexity, commencent à jouer un rôle étonnamment constructif sur X. À force d’interpellations par les internautes, elles se révèlent capables d’identifier de fausses citations, de contextualiser des images trompeuses ou de corriger des affirmations politiques douteuses. Une évolution que personne n’avait vraiment anticipée.


🧠 Des robots qui débunkent

L’efficacité de ces IA repose sur leur capacité à croiser rapidement des sources variées, à nuancer leurs réponses et parfois même à reconnaître leurs limites. Lorsqu’un doute surgit sur une vidéo virale ou une déclaration publique, les utilisateurs les sollicitent directement en les mentionnant. Les réponses sont visibles par tous, créant un effet d’auto-modération communautaire. Une dynamique nouvelle qui redonne à X un semblant de contrôle… malgré l’abandon des modérateurs humains.


⚖️ Un outil imparfait mais prometteur

Bien sûr, ces IA ne sont pas infaillibles : elles peuvent relayer des biais ou des théories douteuses, comme celle du « génocide blanc » en Afrique du Sud évoquée récemment par Grock. Mais leur capacité à traiter l’actualité en temps réel et à produire des vérifications accessibles à tous en fait déjà des instruments puissants dans un paysage numérique saturé de désinformation. L’intelligence artificielle ne remplacera pas le journalisme, mais elle pourrait bien en devenir un allié inattendu.

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[0:01] Au départ, c'était le vilain petit canard de la bande. Une IA sans éthique ni principe, qui parle mal si on l'énerve, qui génère n'importe quelles images [0:10] sans état d'âme et qui est même capable de déshabiller les femmes si on lui demande. Bref, Grock, l'IA du méchant Elon Musk intégré au réseau social X, n'est vraiment pas né sous une bonne étoile entourée d'un joli parfum de scandale. Sauf que voilà, à la longue, on s'aperçoit que Grock n'a pas que des défauts. Il se révèle notamment un très bon chatbot pour suivre l'actualité. Quand on interroge, y compris sur des sujets très récents, il s'en sort plutôt bien, avec des réponses circonstanciées, assez fiables, etc. Et surtout, il est même capable, on s'en rend compte au fil des mois, de débunker les fausses informations. [0:47] D'ailleurs, les internautes ont pris l'habitude, chaque fois qu'ils se retrouvent en présence de publications qui leur posent problème, d'interroger Grock pour savoir si ce qu'ils sont en train de lire, c'est du lar ou du cochon. Une déclaration politique, un compte-rendu de faits divers, même une photo ou une vidéo, Grock a bien souvent des réponses plutôt pertinentes. Il suffit de l'interpeller directement sur X, comme on interpellerait n'importe quel utilisateur, avec le pseudo « at Grock » et en lui posant la question « Grock, est-ce que ceci est vrai ? » ou bien « est-ce que cette personne dit vrai à propos d'une citation ? » ou encore « d'où provient cette vidéo ? » et il est capable, dans ce cas, parfois de vous donner le nom du film, d'où l'extrait a été tiré. À chaque fois, Grock s'en tire plutôt bien. Du coup, il est devenu, contre toute attente, l'un des meilleurs outils au service de la modération et de la lutte contre la désinformation sur le réseau social X. Le plus étonnant, c'est que Grock arrive à être relativement neutre et objectif. On s'attendait pourtant à ce qu'il soit la voix de son maître, et diffuse allègrement l'idéologie mosquienne, voire trumpienne. Eh bien au contraire, non, il n'hésite pas à s'en affranchir sans état d'âme. Par exemple, à propos de l'affaire des droits de douane et des chiffres brandis par Donald Trump il y a quelques semaines. [2:02] Interrogé par des internautes américains, Grock a calmement expliqué que ces chiffres étaient flous et qu'il s'agissait d'une exagération typique de Trump. Fin de citation. Il est même capable de mettre de la nuance. Quand il ne sait pas, il le dit. Et parfois, il évoque des démentis, mais sans forcément les prendre à son compte. Il a un peu de recul. Sur la récente fake news du mouchoir d'Emmanuel Macron dans le train pour Kiev par exemple, il a montré aussi comment il était capable de remonter le fil de la désinformation en analysant les comptes qui ont diffusé les interrogations tendancieuses. Bref, celui que l'on croyait être le meilleur ami des complotistes semble se révéler au contraire un empêcheur de baratiner en rond. Alors comment est-ce que c'est possible ? Eh bien en fait, Grock ne s'est pas rebellé contre son créateur, mais simplement. [2:49] Tout comme ses collègues Chajipiti ou Perplexiti, il n'a d'intelligence que le nom et il est en réalité aussi bête que ses bites, mais il a été, on le voit finalement, assez bien entraîné. Il a été entraîné dans le but de fournir des réponses réellement ancrées dans la réalité et pas autre chose. Il faut dire que pour son entraînement, il a bénéficié d'une formidable mine, un terreau constitué par les milliards de messages postés sur X. Ce qui pose d'ailleurs quelques problèmes puisqu'il n'a visiblement jamais demandé l'autorisation d'utiliser ces messages. Mais c'est un autre sujet. À l'arrivée, bien que X soit le paradis pourtant des complotistes, des haters, des désinformateurs professionnels, eh bien Grock n'est pas si intoxiqué que ça, non. Parce qu'en réalité, il ne s'informe pas seulement sur X. Mais il se nourrit aussi, comme les autres IA, de livres, de tout ce qu'il a trouvé sur Internet, et y compris d'articles provenant de médias fiables. Il parvient donc à faire la part des choses, c'est ce qui lui permet de s'en [3:46] sortir plutôt bien sur l'actualité et la vérification des faits. Alors Grot n'est pas le seul, en fait, à jouer ce rôle de phare dans la nuit de la désinformation. Il y en a un autre qui est en train de montrer le bout de son nez. C'est le petit chatbot qui monte, qui monte. J'ai nommé Perplexity, car Perplexity est également disponible sur X sous forme de robot. Il suffit de l'interpeller lui aussi par son nickname AdPerplexity et de lui poser des questions. [4:12] Est-ce que ce post dit la vérité, etc. Et beaucoup d'utilisateurs utilisent ce moyen de vérifier une information qui leur semble sujette à caution ou simplement un sujet qu'ils ne connaissent pas très bien et à propos duquel ils veulent en savoir plus. Et puis ce qu'il y a de bien, c'est que lorsqu'ils sont convoqués publiquement sur X à travers un post ou une réaction, eh bien Grock, comme Perplexity, donne des réponses qui restent accessibles et visibles pour tout le monde. Donc c'est instructif pour l'ensemble des utilisateurs. On n'a pas besoin d'aller [4:43] l'interroger soi-même de manière directe. [4:47] Voilà donc comment ces outils d'IA que l'on considérait au début uniquement comme d'inquiétants aux amplificateurs de la désinformation se retrouvent aujourd'hui des alliés précieux de la lutte contre la désinformation. C'est plutôt une bonne nouvelle, surtout quand on se souvient des cris d'orfraie poussés lors de la prise de pouvoir de Twitter par Elon Musk, dont l'une des premières décisions avait été de liquider les équipes de modération et de couper les liens avec les organismes de fact-checking. Et bien finalement, le vilain Elon pourrait bien avoir une fois de plus réussi son pari, en tout cas sur ce point. Alors attention, ça ne veut pas dire que ces vérificateurs automatiques sont parfaits, il leur arrive encore de se tromper, et parfois l'ampleur de leurs [5:26] hallucinations n'a d'égal que l'assurance avec laquelle ils les débitent. Par exemple, en ce moment, Grock est accusé de répandre partout, même quand c'est complètement hors sujet, la thèse de génocide blanc en Afrique du Sud, d'une théorie selon laquelle les Blancs feraient l'objet d'élimination ciblée. [5:43] Donc, prudence. Mais l'IA prouve malgré tout qu'elle est enfin capable, avec l'aide des humains, de servir de barrage contre le déluge de désinformation.
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