Jérôme Colombain:
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0:01] Imaginez pouvoir réaliser un film de cinéma en restant assis devant votre ordinateur
Jérôme Colombain:
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0:06] et simplement en écrivant des prompts. Pas besoin de casting, pas besoin de repérage, de caméra, plus besoin d'acteurs, de cascadeurs, de décorateurs, de maquilleurs, d'éclairagistes, bref, tous les métiers dont on voit les noms s'afficher sur les génériques de fin au cinéma. Remplacer tout ça par de l'IA, c'est quasiment possible aujourd'hui. Au moment même où s'achevait le festival de Cannes, avec des stars bien réelles qui paradaient sur le tapis rouge de la croisette, Google a en effet dévoilé VO3, son nouvel outil de génération de vidéos par intelligence artificielle. Un système accessible sur abonnement à travers une plateforme qui s'appelle Flow et qui permet de générer à peu près tout ce qu'on veut avec un réalisme absolument stupéfiant. Alors on avait déjà pris une claque en matière de vidéos générées par IA avec Sora d'OpenAI l'année dernière. Mais là, ça va encore plus loin.
Jérôme Colombain:
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0:57] VO3 produit des vidéos d'un réalisme encore plus spectaculaire, aussi bien des paysages, des objets que des êtres humains. Et surtout, il ajoute ce qui rend réellement réaliste une séquence vidéo, c'est le son. Du son d'ambiance, du vent, le bruit des vagues, des bruits de circulation, de foule, etc. Et même des dialogues. On peut donc générer des humains qui parlent avec un seul outil, alors qu'avant, on pouvait déjà faire ce genre de choses, mais il fallait d'une part fabriquer la vidéo et ensuite les dialogues,
Jérôme Colombain:
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1:31] coller les uns sur les autres, faire de la synchronisation labiale, etc. Alors c'est comme ça qu'on a vu ces dernières semaines des dizaines de vidéos assez étonnantes circuler sur les réseaux sociaux, et notamment des gens interviewés dans la rue par exemple, et avec quasiment impossibilité de détecter s'il s'agit de vraies séquences vidéo ou de séquences générées par IA. Certes, il y a encore des imperfections, il y a quelquefois des transitions douteuses, il y a des erreurs sur les textes qui peuvent apparaître dans l'image, et puis surtout, VO3 ne permet de fabriquer que des clips très courts de moins de 10 secondes, Parce qu'au-delà, si on essaie de lui demander plus, il commence à s'emmêler les pinceaux et à générer n'importe quoi, à se perdre dans les hallucinations. Mais n'empêche, on a quand même clairement franchi un nouveau cap.
Jérôme Colombain:
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2:19] Alors quelles conséquences ? L'an dernier, après la présentation de Sora, le producteur américain Tyler Perry avait décidé de suspendre l'expansion de son complexe de studio à Atlanta, un projet estimé à 800 millions de dollars, parce qu'il se disait qu'il n'aurait peut-être plus besoin de faire travailler des équipes comme avant. Aujourd'hui, VO3, et aussi plein d'autres outils que le grand public ne connaît pas forcément.
Jérôme Colombain:
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2:42] On devine que ça doit être un peu la panique, ou du moins beaucoup d'interrogations dans les milieux professionnels. Récemment, sur le plateau de mon camarade François Sorel, sur Tech&Co, le patron de la société française McGuff, spécialisé dans les effets visuels pour le cinéma, Rodolphe Chabrier, se montrait malgré tout plutôt confiant. Il reconnaît que l'IA change la donne, mais il explique que ce qui fait la différence,
Jérôme Colombain:
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3:07] quand on fabrique des films, ça reste l'humain. L'humain, oui, mais de quels humains parle-t-on et pour faire quoi ? Depuis l'avènement de l'IA générative, le plus spectaculaire, c'est l'accessibilité de ces outils, la possibilité pour n'importe qui d'y accéder. Et c'est ça, la vraie révolution. Alors certes, il y a encore quelques barrières. VO3, par exemple, coûte encore un peu cher à l'échelle d'un individu, 250 dollars par mois. Et puis, il y a quand même l'aspect technique. qu'il faut savoir,
Jérôme Colombain:
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3:34] prompter, savoir quoi demander à l'intelligence artificielle. Mais malgré ça, on peut imaginer que demain, un gamin seul dans sa chambre sera capable de fabriquer un film sans équipe et sans matériel autre que son ordinateur. Bien sûr, il faut encore l'impulsion humaine, celle qui va lancer le processus. Et puis, il faut aussi la petite étincelle, celle qui fait jaillir la création, qu'elle soit géniale ou pas.
Jérôme Colombain:
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4:02] Et pour l'instant, on se dit que ça, c'est réservé à l'humain. Mais pour combien de temps ? Parce que demain, l'IA pourra elle-même très certainement inventer, créer, ou tout au moins donner l'impression qu'elle invente, et pas seulement qu'elle remouline des contenus existants. Et les acteurs ? Est-ce que demain, les Tom Cruise et les Scarlett Johansson seront virtuels ? Alors bien sûr, la question c'est de savoir si le public accrochera à ce genre de personnage qui n'existe pas. Est-ce qu'on développera le même attachement affectif à des acteurs qui ne sont pas de chair et de sang, qu'on ne peut pas aller épier à la sortie de leur hôtel, voir dans les magazines People ou attendre leur descente d'avion ? Ça, c'est sans doute la vraie question.
Jérôme Colombain:
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4:46] Bref, sans tomber dans une vision alarmiste qui consisterait à penser que l'IA va tuer le cinéma, bien au contraire, on peut penser qu'elle va quand même sacrément le chambouler, le transformer. Et avant le cinéma, ce sera sans doute toutes les autres formes de création audiovisuelle, de la publicité, au contenu en ligne, en passant par le jeu vidéo. Enfin, ne parlons pas de la possibilité de générer des contenus informatifs ou surtout désinformatifs. Et là, on sait déjà que certains vont s'en donner à cœur joie. Demain, les réseaux sociaux seront inondés de fausses manifestations, de faux témoignages, qui pourraient bien avoir des conséquences politiques et sociales assez catastrophiques.
Jérôme Colombain:
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5:28] Google a réagi en mettant un petit filigrane indiquant que les vidéos générées par VO3 émanaient de l'intelligence artificielle, mais franchement,
Jérôme Colombain:
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5:36] ça ne va pas chercher très loin. Ce sont des marqueurs qu'on ne voit pas très bien et qu'on peut faire disparaître assez facilement. Il reste aussi donc les questions concernant les métiers. Et là, comme dirait l'autre, nous ne sommes certainement pas prêts à faire face aux tsunamis qui arrivent.