Conséquence des tensions entre l'Europe et les Etats-Unis, les solutions technologiques françaises font l'objet d'un regain d'intérêt. Mais elles souffrent d'un déficit de notoriété.
Interview : Alain Garnier, président de Jamespot.
À quel point sommes nous réellement dépendants des géants américains du numérique ?
Alain Garnier : Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 80 et 90 % des données des Français sont hébergées sur des serveurs américains. C’est une dépendance massive, souvent sous-estimée, qui pose des questions fondamentales d’autonomie et de sécurité. Cette mainmise n’est pas uniquement technique, elle est aussi juridique, avec des lois extraterritoriales américaines qui s’appliquent à nos données. L’affaire BNP, contrainte de payer une amende colossale après des échanges électroniques scrutés par les États-Unis, en est un exemple frappant.
Pourquoi les alternatives européennes peinent-elles à émerger ?
Il y a d’abord un effet d’habitude et de domination : des acteurs comme Microsoft ont 50 ans d’existence, une place écrasante sur le marché et des stratégies commerciales offensives. Par exemple, en offrant gratuitement Office aux étudiants, ils assurent leur présence dès la formation. En parallèle, les entreprises européennes investissent souvent moins en numérique, et les décideurs IT jouent la prudence : ils choisissent ce que leurs homologues ont déjà choisi. Mais les choses évoluent, lentement : la prise de conscience progresse, surtout depuis que les enjeux de souveraineté numérique s’invitent dans le débat public.
Quel rôle peut jouer l’intelligence artificielle dans cette reconquête de souveraineté ?
L’IA, comme tout outil numérique, peut renforcer ou affaiblir notre autonomie, selon la manière dont elle est utilisée. Heureusement, de nombreux modèles performants existent aujourd’hui en open source, comme ceux développés par Mistral ou Meta. En les hébergeant sur des clouds français, on garde la maîtrise. L’enjeu, c’est d’intégrer cette IA de façon utile, fiable, et adaptée aux besoins réels des utilisateurs, sans dépendre d’acteurs hégémoniques. La souveraineté ne passe pas par le rejet du progrès, mais par une réappropriation lucide de la technologie.
Alain Garnier:
[0:01] Alors, est-ce qu'on est dépendant ? Oui. Quand on regarde les chiffres, aujourd'hui, on estime qu'il y a entre 80 et 90 % des données des Français qui sont sur des serveurs américains.
Alain Garnier:
[0:10] Mais ensuite, effectivement, on n'est pas en mode, on n'est pas à poil et sans filet, si je puis me permettre. Justement, il y a des alternatives qui existent, qui sont déjà déployées et qui, quelque part, répondent à ces questions de souveraineté.
Monde Numérique :
[0:29] Bonjour Alain Garnier.
Alain Garnier:
[0:30] Bonjour Jérôme.
Monde Numérique :
[0:31] Vous êtes CEO de la société Jamespot, qui est une entreprise française spécialisée dans les solutions collaboratives pour les entreprises, les organisations, etc. Est-ce qu'on peut dire que vous êtes un concurrent de Microsoft Office, Google Docs, Slack, enfin tous ces outils qui sont dans des tas d'entreprises et que beaucoup de gens connaissent ?
Alain Garnier:
[0:52] Oui, on peut le dire parce qu'effectivement, notre problématique, c'est de régler la question de la communication et de la collaboration, en particulier dans les entreprises, mais pas que, aussi dans les associations. Dans les organisations, dans le secteur public, parce que le digital est partout, donc il faut mieux travailler ensemble. Donc nous, ce qu'on propose, c'est une suite complète qui permet de faire ça. Et c'est effectivement ce que font également les amis américains que tu as cités.
Monde Numérique :
[1:14] Quel type d'outil exactement ? À quoi ça sert ?
Alain Garnier:
[1:17] Alors, on va commencer d'abord par tout ce qui est collaboration de tous les jours. On a des documents qu'on peut éditer en commun. On fait des visios pour justement partager ces choses-là à distance. On va avoir de la messagerie d'équipe et du mail pour pouvoir se l'envoyer. Et puis, on va faire de la gestion de projet avec des tâches pour mettre tout ça en place. Ça, c'est le premier paquet qui est très important, qui est la collaboration. Après, il y a deux autres éléments clés, qui sont l'intranet. Comment est-ce que je fais ? J'arrive le matin, qu'est-ce que j'ai devant moi ? Et comment je structure pour un dirigeant, pour chacun des éléments de l'entreprise, l'information que je vais passer à mes employés ? Ça, c'est un point extrêmement important pour que tout le monde ait la même information de manière alignée. Et la troisième partie, c'est dès que les organisations deviennent un peu grosses, Il faut être capable de créer de la transversalité pour que les gens travaillent ensemble et que ce ne soient pas des silos, comme ça, justement, hiérarchiques. Et là, on retrouve ce qu'on appelle le réseau social de l'entreprise, qui est une forme privative de ce qu'on connaît du monde du grand public, mais qui permet de partager de l'information très rapidement. Et donc, ces trois éléments forment justement aujourd'hui ce qu'on appelle les digital workplace, c'est-à-dire l'endroit où je travaille dans le digital.
Monde Numérique :
[2:20] Oui, c'est des outils qui sont devenus absolument indispensables dans toutes les entreprises, en fait, ça, aujourd'hui.
Alain Garnier:
[2:25] C'est essentiel. Et d'autant plus, on l'a vu, nous, avec une accélération, d'ailleurs, post-pandémie. Parce qu'après la pandémie, il y a un basculement qui fait que la question du télétravail devient vraiment présente partout. Et que, quelque part, même des fois, dans les locaux, on est en télétravail. C'est-à-dire qu'on finit par être dans une visio dans les locaux et non pas dans une salle de réunion. Voilà, voilà.
Monde Numérique :
[2:45] Ce qui paraît un peu surréaliste, quand même.
Alain Garnier:
[2:47] Ce qui paraît surréaliste, mais sauf qu'il y a moins de friction, en fait. Et donc, ce qu'on propose, nous, c'est de se dire, tout ça, il faut des outils pour organiser, pour que ça se passe bien, pour que ce soit extrêmement fluide, pour que chacun puisse trouver l'information au bon moment, avoir des moteurs d'achat puissants. C'est toute la problématique aussi d'alerte, de descendre aussi au niveau du mobile, parce que nous, on a une application mobile qui est devenue là aussi essentielle, parce qu'on est aussi en mobilité dans ce monde digital. Donc, c'est cette plateforme sans couture qu'on propose à nos clients. On a plus de 400 000 utilisateurs, quand même, qui utilisent Jamespot au quotidien.
Monde Numérique :
[3:22] Quel type d'organisation, par exemple ?
Alain Garnier:
[3:25] Alors, on a, depuis, des ministères, on va avoir le ministère de l'Intérieur, de la Transition écologique, l'AIFE, donc plutôt la partie Bercy, la DGE, la Direction Générale des entreprises. On a aussi toutes les collectivités territoriales. On a des villes. On a la ville de Pantin, par exemple, qui utilisent Jamespot. Après, on va avoir, ça, c'est le secteur public, les agences, l'APEC, par exemple, ou la Haute Autorité de Santé. Donc, ça, c'est tout le secteur public. Après, on a les ETI, on va avoir des gens comme SaintMaclou, Tout Faire Matériaux, pour ceux qui connaissent des magasins pour aller acheter des magasins de bricolage dans le sud de la France. Donc, toutes les ETI qui, quelque part, ont besoin aussi, les organisations, de faire ça.
Alain Garnier:
[4:09] Donc, nous, on a des clients très variés dans tous les secteurs.
Monde Numérique :
[4:12] Finalement, on a l'impression qu'on est ultra dépendant des solutions américaines mais vous êtes un petit peu la preuve que il y a des alternatives françaises, européennes, etc. et elles sont même déjà implantées.
Alain Garnier:
[4:24] Oui, complètement. Alors, est-ce qu'on est dépendant ? Oui. Quand on regarde les chiffres, on est aujourd'hui, on estime qu'il y a entre 80 et 90% des données des Français qui sont sur des serveurs américains. Donc ça, ça donne un peu le degré de la dépendance. Mais ensuite, effectivement, on n'est pas en mode, on n'est pas à poil et sans filet, si je puis me permettre. Justement, il y a des alternatives qui existent, qui sont déjà déployées et qui, quelque part, répondent à ces questions de souveraineté. Alors, souveraineté, c'est un terme qui, des fois, peut un peu choquer les gens parce que c'est un peu très politisé comme terme.
Monde Numérique :
[4:53] Oui, ça peut l'être, mais c'est vrai qu'en numérique, comment ça a compris de quoi on parle ?
Alain Garnier:
[4:58] Voilà, en numérique, que ce n'était justement pas une question de souverainisme, c'est une question d'autonomie stratégique. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il faut avoir la liberté de choisir et de ne pas être dépendant quand, par exemple, on a un acteur qui est justement, il y a plusieurs sujets derrière ça, augmentation de prix unilatéral, ça c'est quand même un problème. Là, beaucoup de consommateurs ont vécu ça, mais alors, et puis c'est 20%, 30%, plusieurs fois par an. Deuxième chose aussi, c'est ce qu'on appelle les problèmes de lois extraterritoriales. Ça, c'est un sujet méconnu souvent par les gens. Il faut savoir que les États-Unis ont défini des lois qui font qu'ils peuvent agir en dehors de leur pays, extraterritorial, tout simplement parce qu'ils considèrent que les choses sont bonnes ou pas bonnes. Par exemple, on a vu Peugeot qui s'est vu interdire de commercer avec l'Iran parce que les États-Unis l'avaient décidé. On n'a jamais dit en Europe qu'on n'avait pas le droit de commercer, de vendre des voitures en Iran, mais les États-Unis l'ont empêché. Et là, c'est là où le problème des outils c'est que c'est même le fait que ça soit vu dans les outils. Par exemple, si vous échangez des mails sur un outil américain, les services de renseignement américains peuvent utiliser ça pour un procès contre vous. C'est ce qui est arrivé à la BNP, qui l'a payé plus de 10 milliards quand même pour ça. Donc, c'est ça en fait aujourd'hui le problème auquel on fait face. Et puis, quand on a effectivement un Trump qui tout d'un coup dit « et moi, je peux couper le son quand je veux », Et là, tout d'un coup, les organisations, les États se disent,
Alain Garnier:
[6:18] là, on est en risque en plus de ceux qu'on avait déjà avant.
Monde Numérique :
[6:22] Mais alors, Alain Garnier, comment est-ce que vous expliquez que finalement, vous et puis d'autres entreprises, d'autres qui proposent des solutions françaises, souveraines, entre guillemets, soyez si peu connus, du grand public en tout cas, peut-être même des entreprises. C'est quoi ? C'est parce que vous êtes moins bon ? Vous êtes moins bon techniquement ? Vous êtes moins bon en communication ? Où est le problème ?
Alain Garnier:
[6:43] Alors déjà, effectivement, on est clairement moins connu parce qu'on est moins déployé. Il y a un effet de cumulation. Les boîtes américaines, si on prend par Microsoft, vous avez cité la site 365. Pourquoi elle est connue ? Parce que c'est une boîte, je vous rappelle, qui fête ses 50 ans. Donc, ce n'est quand même pas une petite startup de l'année.
Monde Numérique :
[7:03] Deuxièmement, Word, Excel, etc.
Alain Garnier:
[7:05] Voilà, tout le monde utilise Word, Excel, PowerPoint. Donc, tout le monde connaît ces produits-là. Et quand elle a amené les gens dans le cloud, elle les a un petit peu forcés. Ou justement inciter avec en particulier le grand public. Et je rappelle, par exemple, qu'elle a donné gratuitement, si on regarde en France, la suite bureautique Microsoft à tous les étudiants gratuitement. Donc, ce qui se passe après, c'est que quand il y a un effet de marché, comme ils deviennent dominants, ils peuvent saturer l'espace de communication, donner des produits gratuitement. Donc, il y a une problématique de lutte anti-concurrentielle, d'ailleurs, et donc maintenir leur domination. Ce qui fait que les acteurs comme nous, tout simplement, On grandit, on a une croissance, mais on a encore une part de marché qui est faible. Mais par contre, qui part d'une position telle que de toute façon, on ne peut que grandir. Microsoft a quasiment saturé, par exemple, le marché de la collaboration, et par des pratiques d'ailleurs qui sont des fois un peu discutables. D'ailleurs, même Slack, par exemple, un autre Américain, a fait un procès à Microsoft parce qu'il y avait des pratiques anticoncurrentielles concernant Teams, le fameux outil de collaboration que tout le monde utilise dans les grandes entreprises.
Monde Numérique :
[8:13] Oui, qui a été intégré de force dans Office.
Alain Garnier:
[8:16] Exactement. Données gratuitement, intégrées de force et avec des effets même fonctionnels qui étaient que, même quand vous vouliez mettre un lien de visio vers Zoom ou vers Jamespot, eh bien, on mettait un lien Teams quand même par-dessus. Vous voyez, ça, c'est des pratiques.
Monde Numérique :
[8:28] Google fait pareil avec Google Calendar.
Alain Garnier:
[8:31] Etc. Ils ont là-dessus, les GAFAM, D'ailleurs, Google, avant, avait un truc, c'était « don't be evil », « ne fais pas le diable », « ne fais pas le mal ». Bizarrement, il y a quelques années, ils l'ont enlevé doucement, sans faire trop de bruit. Oui, c'est qu'ils ont commencé à se comporter de manière un peu négative. Donc, c'est un ensemble...
Monde Numérique :
[8:47] Après, c'est parce que c'est une offensive commerciale, après tout. Est-ce qu'ils n'ont pas raison ? Pourquoi est-ce que vous ne faites pas la même chose ?
Alain Garnier:
[8:54] D'abord, un, parce qu'il y a des lois aujourd'hui qui déterminent que justement les monopoles sont mauvais. Ça, ça a été déterminé depuis le départ dans les marchés. Donc, ont-ils raison ? Non, la loi leur interdit. Est-ce qu'on les arrête ? Peut-être pas assez, ça c'est clair, et ça, ça fait partie.
Monde Numérique :
[9:07] Alors, il y a des retours de bâton aux Etats-Unis, il y a des procès régulièrement, en ce moment c'est Meta qui est sur le grill.
Alain Garnier:
[9:12] Tout à fait, et à juste titre. Donc, à un moment donné, justement, moi je suis vraiment de ceux qui ne disent pas « la fin justifie les moyens ». Je pense que c'est une très mauvaise chose qu'on ait des boîtes qui soient dominantes, pour plusieurs raisons. D'abord, un, elles nous paupérisent, deux, elles imposent un standard unique qui, du coup, enlève la diversité et l'intelligence qu'il y a derrière. Tout le monde utilise la même suite bureautique. Dans ces cas-là, il n'y a pas l'intelligence à s'en servir. C'est la même chose. Alors qu'en fait, le génie humain dans une organisation, dans une entreprise, une association ou un État, c'est au contraire d'essayer d'imaginer des formes nouvelles et d'apporter de l'innovation. Ça, c'est ce qu'on fait, justement. Et je pense que c'est un discours aussi qui a tout simplement entraîné d'être entendu aujourd'hui. Et les géants sont faits aussi pour être remplacés. Tout le monde se rappelait qu'il y avait IBM. IBM était tout puissant. Dans les années 2000, tout le monde achetait du IBM même quand c'était moins bien. Il faut quand même se rappeler de ça. Aujourd'hui, c'est pareil. Tout le monde achète du Microsoft, même si c'est moins bien. Et à un moment donné, IBM a trébuché. Et aujourd'hui, je pense qu'on demande des gens dans la rue, ils ne connaissent même plus ce mot-là. Donc, il faut se dire aussi que ça peut être long.
Monde Numérique :
[10:15] Même s'ils n'ont pas complètement disparu.
Alain Garnier:
[10:17] Ils n'ont pas disparu, mais le grand public ne connaît plus IBM aujourd'hui.
Monde Numérique :
[10:20] Non. Mais qui est encore très présent dans les entreprises. Est-ce que, Alain Garnier, est-ce que vos clients potentiels sont trop frileux ? On dit souvent que les DSI, les responsables informatiques dans les entreprises, dans les grandes entreprises, jouent souvent la sécurité. Ils voient leurs copains qui ont pris du Microsoft, ils vont prendre du Microsoft pour rassurer leur CEO. Vous n'êtes pas victime de ça également ?
Alain Garnier:
[10:42] C'est un des facteurs qui fait que les dominants dominent, c'est très clair. Surtout qu'en Europe, on a un investissement qui est toujours un peu sous-évalué sur la question numérique. On continue à investir moins en R&D et en numérique. Donc, ce n'est pas seulement qu'une frilosité, C'est plutôt un état d'esprit par rapport à la question, justement, de se tourner vers l'innovation. Là aussi, je pense que les temps aussi sont faits pour être changés. L'Europe est en train de se réveiller et c'est aussi parce qu'elle a été un peu mise en tutelle que quelque part elle s'est endormie sur ses lauriers, sur ces questions-là. On voit bien qu'on est en train de réindustrialiser l'Europe et tout le monde l'appelle de ses voeux, même si c'est difficile, mais justement, c'est ce réveil-là qu'on est en train de faire. Et moi, ce que je vois, à l'inverse, c'est des clients contents de passer à autre chose. Nous, aujourd'hui, on est à peu près à 30% de croissance en moyenne, si on regarde sur nos cinq dernières années. Quand on sait que la croissance française est de l'ordre de 1 ou 2%, on fait 10 fois plus, même 15 fois plus. Donc, quelque part, on a une croissance, on a une belle croissance.
Alain Garnier:
[11:43] Effectivement, aujourd'hui, on paraît petit par rapport à ces gens-là, mais la croissance fait qu'un jour, Microsoft apparaissait à l'époque comme un petit dit quand il est arrivé dans les années 80-90. aujourd'hui il est l'acteur qu'on connait la croissance c'est aussi appel la croissance ça c'est oui.
Monde Numérique :
[11:59] Et finalement, le trumpisme est peut-être une bonne chose si ça conduit à une espèce de prise de conscience en Europe ?
Alain Garnier:
[12:05] Ça, des fois, quand je me le dis moi-même, ça me fait un peu mal au cœur que le mal produise du bien. Mais c'est vrai que c'est une opportunité pour l'Europe. Je pense que personne ne peut appeler de ses voeux des comportements comme ce qu'il peut faire. Mais en traitant l'Europe par le mépris, en nous montrant effectivement qu'on est en train de lui lécher le cul, pour reprendre le terme. Je suis désolé d'être aussi cru que lui.
Monde Numérique :
[12:28] Pour prendre son élégante expression.
Alain Garnier:
[12:30] Voilà, donc c'est lui qui l'a dit, donc je me permets de le répéter. Ben oui, à un moment donné, il y a un réveil et donc il est plutôt profitable. Et effectivement, ce qui se passe aujourd'hui, nous on voit plein de gens arriver, qui nous découvrent et qui ne nous connaissaient pas avant et qui disent « Ah mais c'est pas mal ce que vous faites ! » Voilà, donc effectivement, on est en plus très fiers de nos produits parce que clairement, on bosse pour ça et on a de l'expérience, on a des utilisateurs qui nous utilisent tous les jours. Et je ne suis pas le seul. C'est-à-dire qu'en plus, c'est un tissu industriel le numérique en France a une vraie capacité il.
Monde Numérique :
[13:04] Existe il n'est pas assez connu il est en dessous du radar mais il existe.
Alain Garnier:
[13:07] Mais il existe il est assez varié après il a comme toute logique industrielle on est dans une phase justement de transition et puis il a beaucoup progressé moi c'est ma troisième boîte de soft donc j'ai monté le premier boîte en 95, revendu à Thales en 2003 et puis là on a relancé GenSpot après en 2005 Merci. Moi, ce que je vois aussi, c'est que le niveau des boîtes qui ont été lancées, moi, j'interviens dans des entreprises qui sont lancées là récemment, montent à chaque fois. C'est-à-dire qu'il y a vraiment un niveau aujourd'hui de capacité mondiale des softs français qui n'ont plus rien à rougir avec justement les softs américains. Ils sont souvent lancés avec moins d'argent, donc ils sont plus frugaux dans leur approche et quelque part aussi plus agiles parce que notre monde aussi va vers la frugalité. On l'a vu sur l'IA, par exemple, les modèles frugaux, c'est ce qu'on attend. Donc, il y a aussi un changement de mental par rapport à ça.
Monde Numérique :
[14:02] Justement, vous intégrez des solutions, vous intégrez de l'intelligence artificielle dans vos solutions chez Jamespot ?
Alain Garnier:
[14:08] Oui, on a intégré de l'intelligence artificielle chez Jamespot, on l'a mis de manière très pragmatique.
Monde Numérique :
[14:11] Mais comment vous faites ? Avec quels outils ? Parce que j'imagine que vous n'allez pas vous pluguer sur ChatGPT.
Alain Garnier:
[14:16] Non, mais aujourd'hui, il y a des modèles, alors d'abord, il y a eu beaucoup de modèles en open source qui sont largement meilleurs même que ChatGPT. Enfin, ChatGPT au sens du modèle, parce qu'après, il y a le produit de ChatGPT, et puis ensuite, il y a les modèles. Si on prend les modèles, le dernier modèle, même de Meta, qui est en open source, qui est le Yamaha 4, ou par exemple, le dernier Mistral, ont dépassé celui de ChatGPT. Alors, ils en ressortent un autre, la course à l'échalote, mais à aucun moment, les modèles sont déclassés. Donc, nous, on tourne sur du Mistral, on tourne sur du OutScale, 3DS OutScale, qui est aujourd'hui un opérateur de cloud souverain. On a aussi des APIs chez Scaleway et OVH. Donc, les trois cloudistes français ont des capacités d'IA. Et puis, nous, par-dessus, on a rajouté, par contre, des fonctionnalités, on va dire, très pragmatiques d'usage. Par exemple, je suis en intranet, j'ai besoin d'écrire un document. Je vais avoir une baguette magique pour accélérer cette écriture de manière à me structurer mon plan, à me condenser si c'est trop long ou, au contraire, à l'étendre. Ça, c'est notre première partie. On a une deuxième partie avec des chatbots qui permettent de répondre à des questions très précises, SI, RH, en répondant exactement ce qu'il y a dans les documents sans halluciner. Donc, en fait, on rend l'IA complémentaire, fiables. Et ça, c'est très important pour une entreprise, de ne pas dire n'importe quoi. Et puis, notre troisième point, c'est des agents intelligents. On retrouve d'ailleurs mes premiers amours, parce que ma première boîte faisait aussi des agents intelligents dans Internet.
Monde Numérique :
[15:40] Et on s'était d'ailleurs rencontré à cette occasion à France Info, à l'époque.
Alain Garnier:
[15:43] C'est ça. Et parce que les agents intelligents, c'est quelque part un cycle qui revient, mais avec en plus la puissance, justement, de ce qu'on appelle les LLM, les fameuses IA génératives. C'est-à-dire qu'on peut donner à ces agents un petit supplément d'âme a une capacité de raisonnement. Et donc, nous, par exemple, dans Gensbot, on leur met des missions. Un extra bot a une mission. Il est dans un groupe ou dans une messagerie. Et quand il voit passer un message, un document, etc., il va regarder ça par rapport à sa mission et il va écrire quelque chose, envoyer un message à quelqu'un, publier dans un autre système une information, une alerte. Donc, en fait, il va faire le job de ce que quelqu'un aurait fait. Donc, c'est vraiment un extra bot. Vous avez un agent en plus dans votre équipe qui est en plus ne dort pas et hyper précis et donc c'est très très puissant ce qu'on peut faire avec les agents. Ça ouvre d'ailleurs encore une vague d'innovation. Je pense qu'on n'a même pas conscience aujourd'hui de tout ce qu'on va pouvoir faire avec les agents. On découvre les use cases, comme on dit, tous les jours.
Monde Numérique :
[16:43] Voilà. Et quelles sont les solutions françaises, notamment pour les entreprises ? Merci beaucoup Alain Garnier, CEO, on va dire PDG en français.
Alain Garnier:
[16:54] Président, je suis même président Président.
Monde Numérique :
[16:56] Président, c'est exact la fonction exacte, président de Jamespot Merci.













