Jérôme Colombain:
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0:01] La France veut interdire les réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans. C'est le combat de la secrétaire d'État au numérique, Clara Chappaz. Alors protéger les jeunes contre les effets pervers des réseaux sociaux, l'addiction, l'exposition à des contenus inappropriés, le cyberharcèlement, etc.
Jérôme Colombain:
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0:17] Sur le principe, évidemment, tout le monde est d'accord. Mais dans les faits, cette histoire qui revient régulièrement sur le tapis est quand même un petit peu une hypocrisie.
Jérôme Colombain:
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0:26] Une hypocrisie parce que dans la pratique, personne n'a la solution et ne sait comment faire. Du coup, tout le monde se renvoie à la balle.
Jérôme Colombain:
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0:35] Alors quel est le problème ? Déjà, il faut savoir qu'en France, l'usage des réseaux sociaux par les plus jeunes est déjà encadré par plusieurs lois. Depuis 2018, il y a la mise en place du Règlement général sur la protection des données, le RGPD, qui dit qu'il faut avoir au moins 15 ans pour accepter un traitement de ces données personnelles, autrement dit, pour pouvoir s'inscrire à un réseau. En dessous de 15 ans, il faut l'accord des parents. Autre texte, depuis 2023, la loi sur la majorité numérique. Les plateformes doivent impérativement mettre en place des outils de vérification d'âge et refuser l'inscription aux mineurs de moins de 15 ans. Sauf que dans la pratique, ces dispositions ne sont toujours pas vraiment appliquées. Et voilà pourquoi Clara Chapaz en remet une couche. Mais le problème, c'est que limiter l'accès aux plus jeunes, c'est plus facile à dire qu'à faire. Car que ce soit pour les réseaux sociaux ou les sites pornographiques, pornographique, on n'a toujours pas trouvé la solution miracle. Faut-il demander la carte d'identité ? Faut-il demander un numéro de carte bancaire ? Ou bien est-ce qu'il faut s'en remettre à l'analyse algorithmique des traits du visage par intelligence artificielle ? En fait, aucune méthode n'est infaillible, ni surtout compatible avec la réglementation sur la protection de la vie privée. En gros, dès qu'on commence à demander aux gens de s'identifier pour faire telle ou telle chose sur Internet, on met le doigt dans une logique big brotherienne dont personne ne veut.
Jérôme Colombain:
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1:54] L'ARCOM, la commission de l'audiovisuel qui se mêle désormais aussi du numérique,
Jérôme Colombain:
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1:58] préconise la technique dite du double anonymat. C'est-à-dire qu'on ne dit pas à tel ou tel site qui on est, on le dit à un organisme tiers qui fait la liaison avec le service demandé, mais sans révéler notre identité. Ça permet de bloquer éventuellement les mineurs sans violer l'anonymat des adultes, mais ce n'est pas encore parfait et c'est compliqué à mettre en œuvre.
Jérôme Colombain:
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2:18] A l'étranger, plusieurs choses ont été tentées. Par exemple, en Corée ou en Chine, différentes mesures de couvre-feu numérique ou de limites de temps d'écran ont été testées, puis finalement abandonnées. L'Australie a adopté une loi qui interdit l'accès aux réseaux sociaux au moins de 16 ans, sans possibilité de contournement et avec des amendes très fortes pour les plateformes, jusqu'à 50 millions de dollars australiens. Mais cette loi n'est pas encore entrée en vigueur. La Grande-Bretagne, pour sa part, a aussi planché sur des solutions d'authentification par carte bancaire. mais sans grand succès, il faut bien le dire.
Jérôme Colombain:
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2:50] Bref, ce n'est vraiment pas simple. Alors du côté des réseaux sociaux, certains comme Instagram ou TikTok ont mis en place des outils de contrôle parental, notamment pour limiter le temps d'utilisation par les plus jeunes. Mais pour ce qui est de la vérification de l'âge, le plus souvent c'est une simple déclaration, donc évidemment très facilement contournable. Aujourd'hui, ces plateformes voudraient en fait que les solutions soient mises en œuvre au niveau au-dessus, c'est-à-dire au niveau des stores Apple ou Google, ou encore au niveau des opérateurs, où là il y a déjà de toute façon plus de contrôle. Évidemment, ça les déchargerait du problème. Alors, d'un point de vue législatif, la France, on l'a dit, a déjà tenté plusieurs
Jérôme Colombain:
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3:27] choses avec différents textes de loi. Mais du coup, elle est accusée d'outrepasser ses limites, car ce problème est censé se régler au niveau européen. Et c'est pourquoi, aujourd'hui, la secrétaire d'État veut convaincre la Commission européenne de l'intérêt d'une vérification de l'âge dans le cadre du DSA. Et revoici le DSA. Voilà donc en tout cas comment chacun se renvoie à la patate chaude sans que l'on parvienne véritablement à mettre en place une solution efficace.