🎤 Interview – L’Europe peut-elle vraiment rattraper son retard dans le cloud ? (Damien Lucas, Scaleway)
Maison Connectée11 décembre 202526:40

🎤 Interview – L’Europe peut-elle vraiment rattraper son retard dans le cloud ? (Damien Lucas, Scaleway)

Damien Lucas explore les enjeux de souveraineté, de puissance de calcul et d’indépendance technologique à l’heure où l’IA redéfinit le marché du cloud pour les entreprises.

Interview : Damien Lucas, CEO de Scaleway

En quoi l’adoption massive de l’IA change-t-elle les besoins des entreprises dans le cloud ?

L’IA transforme avant tout la manière dont nos clients utilisent leurs données. Pour entraîner ou exploiter des modèles, il faut rapprocher l’IA de la data. Comme le rappelle souvent l’industrie, envoyer toutes ses données chez des acteurs extérieurs comme OpenAI n’est pas viable à long terme : cette data est stratégique. Notre rôle, chez Scaleway, est donc de fournir un cloud souverain, immunisé aux lois extraterritoriales et indépendant des technologies américaines, afin que les entreprises développent leurs infrastructures IA sans compromis.

Comment Scaleway renforce-t-il sa capacité technologique face à la demande croissante en puissance de calcul ?

Nous investissons massivement dans les GPU, désormais indispensables aux grands modèles de langage et à des usages émergents comme l’agentique ou la robotique. Nous avons été les premiers en Europe à proposer les nouveaux GPU NVIDIA Blackwell B300. En parallèle, nous soutenons l’écosystème européen : les modèles d’agentique développés par la startup française H sont par exemple disponibles dans notre cloud. Notre réseau de data centers — de Paris à Stockholm, en passant bientôt par Berlin — garantit une haute disponibilité tout en maintenant une souveraineté forte.

Quelles sont les raisons concrètes qui poussent une entreprise à choisir Scaleway plutôt qu’un hyperscaler américain ?

Trois raisons principales reviennent. D’abord, la souveraineté : nos clients veulent éviter la dépendance aux technologies américaines comme AWS ou Google Cloud, et protéger leurs données des lois extra-européennes. Ensuite, le prix : nous sommes significativement moins chers, notamment parce que nous ne facturons pas les egress fees, ces frais de sortie que les hyperscalers imposent systématiquement. Enfin, nous couvrons 90 % des besoins cloud du marché grâce à une offre d’environ 200 produits, bien plus simple à maîtriser que les 600 services proposés par AWS.

La migration depuis AWS ou Google Cloud est-elle réellement accessible pour une startup ou une grande organisation ?

Oui, très clairement. Si l’entreprise a adopté des standards modernes comme Kubernetes, Terraform ou une architecture microservices, la migration est fluide : on traduit l’infrastructure existante et on la redéploie chez Scaleway. Le frein principal est financier : comme lors d’un déménagement physique, le double loyer pèse lourd. C’est pourquoi nous proposons une “franchise de loyer”, avec plusieurs mois gratuits pour absorber la période de transition et éviter les coûts doublés.

L’Europe a-t-elle encore une chance de devenir un acteur majeur du cloud ?

Absolument. La transformation induite par l’IA représente une rupture technologique qui pousse toutes les entreprises à reconsidérer leur fournisseur cloud pour les années à venir. Les acteurs européens existent, la technologie est là, et les signaux politiques — comme ceux du sommet franco-allemand sur la souveraineté numérique — montrent une prise de conscience forte. Avec trois ou quatre champions solides, l’Europe peut tout à fait rivaliser avec les États-Unis. Il ne manque plus que la commande publique et privée pour accélérer cette dynamique.


Damien Lucas: [0:01] Et nous, chez Scaleway, on va intégrer tous les modèles open source de manière à pouvoir les faire tourner dans un environnement souverain, contrôlé, indépendant des technologies américaines. Ça, c'est quelque chose qu'on fait. Damien Lucas: [0:13] La logique des Apple, c'est de pouvoir ouvrir pour que tout le monde sache ce qui se fait aujourd'hui dans le domaine. Et la logique de Scaleway, pour le coup, c'est de s'assurer qu'on peut offrir tout cet écosystème dans un contexte très européen et aussi indépendant que possible des grandes technologies américaines. Monde Numérique : [0:40] Bonjour, Damien Lucas. Damien Lucas: [0:41] Bonjour, Jérôme. Monde Numérique : [0:43] CEO de Scaleway. Alors, vous êtes opérateur de cloud, donc à destination des entreprises. Début décembre, à Station F à Paris, vous avez assez tenu le sommet AI Pulse. C'est votre conférence annuelle sur l'intelligence artificielle, avec Xavier Niel, avec Yann Le Cun, avec d'autres personnalités. Alors, Damien Lucas, ChatGPT vient de fêter ses trois ans. Vous parlez d'IA par rapport au cloud. Mais l'IA, qu'est-ce que ça change pour le cloud, en fait ? Damien Lucas: [1:09] L'IA, évidemment, ça change un petit peu quelque chose pour nous, mais ça change surtout pour nos clients. C'est-à-dire que nos clients se mettent à adopter l'IA de manière de plus en plus importante. Et ce qui est important, c'est évidemment, pour faire de l'IA, il faut de la data. Damien Lucas: [1:29] Et alors, ce n'était pas en décembre dernier, c'était même l'année dernière. L'année dernière, dans cette même conférence et iPulse, Michael Dell avait dit, il faut amener l'IA à la data, et pas envoyer la data à l'IA, et ça c'est extrêmement important c'est à dire qu'il ne faut pas envoyer toute la data demain chez DeepSeek ou chez OpenAI parce que cette data elle a une véritable valeur il faut construire son infrastructure IA dans le cloud à côté de là où est déjà la data et ça ça correspond vraiment à la promesse de Scaleway, on est un cloud provider les entreprises qui nous font confiance, elles nous font confiance pour qu'on garde leurs données, qu'on garde leurs données immunes aux lois extraterritoriales, et qu'elles puissent tirer le meilleur de l'IA de cette donnée sans avoir pour autant à compromettre la donnée en l'envoyant dans des cloud providers, dans des infrastructures qui, elles, sont soumises aux lois extraterritoriales. Monde Numérique : [2:28] Donc vos clients sont des grandes entreprises qui ont besoin de ressources, de puissances de calcul pour traiter leur data avec des modèles d'intelligence artificielle. Parce qu'avant, le cloud, c'était du stockage. Aujourd'hui, c'est de la force brute. C'est comme ça qu'il faut le comprendre. Damien Lucas: [2:43] Oui, alors le cloud, ça reste, on va dire, tous les différents niveaux du cloud. Donc, on a l'habitude de parler de IaaS et de PaaS. Le IaaS, c'est l'infrastructure as a service, donc c'est vraiment les couches basses d'infrastructure. C'est de la puissance de calcul, c'est de la capacité réseau et c'est de la capacité de stockage. C'est essentiellement de ça dont on parle. Et puis après, il y a tout le PaaS. Le PaaS, c'est cette boîte à outils magique qui permet aux entreprises, plutôt que de redévelopper tout et reconstruire tout, de pouvoir travailler avec des outils qui sont déjà là, comme une boîte de Lego qu'on pourra assembler. Et donc, on trouve chez la plupart des publics cloud providers des bases de données, des répartiteurs de charges, des réseaux privés préconstruits, etc. Et ça, c'est toute la couche qu'on appelle la couche de passe. Alors évidemment, pour nous, il faut construire cette couche de passe en ayant de plus en plus d'outils dans la boîte pour nos clients. Donc ça, c'est un élément et c'est du développement logiciel. Et puis, il nous faut de plus en plus de capacités sur la partie infrastructure, donc de plus en plus de RAM, de plus en plus de CPU, de plus en plus de réseau, de bande passante, de plus en plus de stockage, de disques durs. Et puis, ce qui est nouveau, de plus en plus de GPU. Quand on s'était rencontré, on venait de commander 1000 GPU, je vais vous dire quelque chose, ça n'a pas changé. Parce qu'on n'arrête pas de commander 1.000 GPU. Monde Numérique : [4:08] Vous continuez à en commander, c'est ça que vous voulez dire. Damien Lucas: [4:10] Et donc là encore, la semaine dernière, on a encore commandé des GPU. Et on a annoncé d'ailleurs, le mois dernier, pendant cette conférence que vous mentionniez à Apple, on a annoncé la disponibilité des premières Blackwell 300, les B300, c'est les toutes premières en Europe, elles sont disponibles dans le cloud de Scaleway depuis maintenant quelques semaines. Monde Numérique : [4:29] Donc les cartes plus puissantes... Damien Lucas: [4:31] On appelle encore cartes graphiques. Monde Numérique : [4:32] Oui, on appelle encore cartes graphiques. Damien Lucas: [4:33] C'est inventé pour des cartes graphiques. Monde Numérique : [4:35] Exactement. Damien Lucas: [4:35] Plus grand chose de graphique le G de GPU il veut dire graphique mais aujourd'hui il est utilisé pour cette capacité de traitement parallèle qui était initialement dédiée au calcul graphique mais qui maintenant est beaucoup plus utilisé dans le domaine des grands modèles grands modèles de langage et puis grands modèles qu'on voit aujourd'hui pour tout type d'autres usages pendant la conférence on a mis l'accent sur l'agentique, sur la robotique donc l'IA pour l'agentique, l'IA pour la robotique Et puis l'IA pour les World Models, c'était l'annonce de Yann Le Cun, et ça c'est peut-être l'avenir de l'IA. Monde Numérique : [5:15] Alors justement, parlons-en, donc ce concept de World Model, on sait qu'effectivement Yann Le Cun, grand pape de l'IA, qui est en train de quitter Meta, lui défend une position qui est scientifiquement différente de ce qu'on peut entendre du côté de Tchadjipiti ou autre. Il dit, en gros, les LLM, ça ne va pas suffire. Il faut inventer ces world models, c'est-à-dire vraiment des IA qui sont capables d'avoir une véritable représentation du monde. Pourquoi est-ce qu'il est intervenu dans le cadre de votre conférence ? Damien Lucas: [5:46] Ce qui est important, c'est que notre objectif avec cette conférence, c'est de donner un regard à toute l'Europe sur ce qui est en train de se passer dans le domaine de l'IA. Et c'est vraiment ça qu'on veut faire. En 2023, c'est pendant cette conférence qu'a été annoncée la création du laboratoire de recherche privé Qtai, qui a annoncé commencer à travailler sur les modèles de voix. Jusqu'à présent, on avait des modèles de langage écrit, en novembre 2023 c'est tout ce qu'on avait et ils annonçaient commencer à travailler sur de la voix, L'année d'après, novembre 2024, ils ont effectivement démontré leur modèle qui tournait sur Scaleway. Et puis, en parallèle, on a parlé des nouveaux sujets. Et en 2024, les nouveaux sujets, c'était beaucoup l'agentique. À ce titre-là, on avait un de nos clients, H, H Company, qui est venu présenter ce qu'ils allaient faire dans le domaine de l'agentique. Monde Numérique : [6:44] Oui, startup française d'IA, moins connue que Mistral, mais tout aussi prometteuse. Damien Lucas: [6:50] Voilà. Et du coup, le mois dernier, pour le coup, H a présenté ce qu'il faisait aujourd'hui en termes d'agentique. Nous, on a annoncé côté Scaleway que les modèles d'agentique d'H étaient maintenant disponibles pour tous nos clients. Donc l'IA avance, c'était les modèles de texte, c'était les modèles de voix, c'était les modèles d'agentique. Et puis, on a ouvert la discussion en montrant les ambitions qui peuvent exister dans le domaine de la robotique et dans le domaine des world models qui nous paraissent être les domaines de recherche, et donc je ne sais pas ce qu'on montrera en 2026, à la prochaine conférence AIPulse, mais en tout cas, c'est important pour nous de montrer à tout l'écosystème de l'IA en Europe ce qui se fait. Vers où va l'IA, vers où va la recherche, ce qui est disponible aujourd'hui, ce qui est disponible aujourd'hui d'ailleurs dans le cloud de Scaleway, mais aussi ce que sera l'IA demain. Monde Numérique : [7:44] Le message que vous voulez faire passer, c'est qu'en gros, on a les ressources en France, en Europe, pour développer de l'agentique, de l'IA World Models, de la robotique demain, etc. Et que ce n'est pas la peine d'aller chercher ailleurs. Damien Lucas: [7:58] C'est toujours intéressant de savoir ce qui se fait ailleurs. Et notamment, il y a beaucoup de choses qui se font en open source. Et nous, chez Scaleway, on va intégrer tous les modèles open source de manière à pouvoir les faire tourner dans un environnement souverain, contrôlé, indépendant des technologies américaines. Ça, c'est quelque chose qu'on fait. La logique des Apple, c'est de pouvoir ouvrir pour que tout le monde sache ce qui se fait aujourd'hui dans le domaine. Et la logique de Scaleway, pour le coup, c'est de s'assurer qu'on peut offrir tout cet écosystème dans un contexte très européen et aussi indépendant que possible des grandes technologies américaines. Monde Numérique : [8:36] Mais si, Damien Lucas, si je suis créateur de startups, de PME aujourd'hui, que j'ai besoin de puissance informatique pour faire de l'IA ou même de la robotique, pourquoi est-ce que je choisirais Scaleway plutôt qu'un Google, un AWS ? Alors uniquement pour des questions de souveraineté, Est-ce que je suis sûr que j'aurai ce dont j'ai besoin et au prix du marché ? Parce qu'il y a aussi un côté commercial, il ne faut pas le nier. Damien Lucas: [9:03] Alors, la question est intéressante. La question est intéressante et je vais commencer par reprendre parce qu'on parle de souveraineté et puis le mot souveraineté, il est finalement un peu galvaudé. Donc, tout le monde n'entend pas exactement la même chose par la souveraineté. Un certain nombre de nos clients, dont des startups, aujourd'hui choisissent Scalway pour cette logique de souveraineté, et en réalité cette logique de souveraineté, c'est deux axes. L'immunité aux lois extraterritoriales, en l'occurrence aux lois extra-européennes, puisque Scalway, on est vraiment européen, et donc on est complètement immune aux lois extra-européennes, on est soumis évidemment aux lois européennes. Et l'autre élément, c'est l'indépendance technologique vis-à-vis des hyperscalers américains et des hyperscalers chinois. Et ça, c'est deux éléments qui répondent à deux besoins de nos clients qui sont très différents. D'un côté, la question, c'est comment ils vont protéger la donnée de leurs clients, Et ça, c'est l'immunité aux lois extraterritoriales. De l'autre, c'est comment protéger leur business si demain, pour une raison ou pour une autre, les tarifs, des services américains exportés en Europe changeaient, doublaient. Si les conditions d'exportation des services américains en Europe changeaient, et on a vu les restrictions, notamment sur les GPU dont on parlait tout à l'heure. Monde Numérique : [10:26] Les histoires des droits de douane, etc. Damien Lucas: [10:28] C'est une question de, du coup, maîtriser le risque sur son business. Monde Numérique : [10:33] Et donc, nos clients. Damien Lucas: [10:33] Ils nous choisissent pour ces deux raisons-là. Ils nous choisissent également parce qu'aujourd'hui, on est moins cher. On est moins cher que les hyperscalers. Et ça, on ne le dira jamais assez. Aujourd'hui, les hyperscalers sont dans une situation de quasi-monopole. À trois, ils contrôlent à peu près tout le marché et ils pratiquent des prix relativement élevés. Aujourd'hui, chez Scalway, on est en mesure d'être significativement moins cher Damien Lucas: [10:58] parce qu'on fait les choses différemment. C'est l'ADN de notre groupe je rappelle, Scalway ça fait partie du groupe Iliad, et dans ce contexte là on fait les choses différemment de manière à pouvoir offrir un prix moins cher que les hyperscalers. Monde Numérique : [11:14] Comment vous expliquez qu'ils continuent à séduire c'est quoi, il y a un problème de communication, il y a une espèce de suivisme de ne pas vouloir prendre de risque de sortir des des sentiers battus. Damien Lucas: [11:33] Oui, je pense que vous avez raison de dire ça. C'est une combinaison de ces différents facteurs. D'abord, c'est les acteurs les plus établis, et donc c'est plus simple. Ils ont aujourd'hui, et je pense qu'il faut le reconnaître, une couverture produit qui est extrêmement large. Oui, c'est ce qu'on dit souvent. Monde Numérique : [11:55] C'est qu'ils arrivent à coller à tous les besoins de chaque entreprise, ce que n'arrivent pas forcément à faire les acteurs européens. Damien Lucas: [12:01] Exactement, moi je suis très transparent sur la question chez Scaleway, on a à peu près 30% des produits d'AWS AWS c'est 600 produits, je vous parlais de cette boîte à outils tout à l'heure dans la boîte à outils d'AWS, vous avez 600 outils par exemple, vous pouvez être très efficace si vous avez 600 outils pour faire toutes les tâches possibles et imaginables, vous êtes très efficace, chez Scaleway, on en a à peu près 30%, c'est à peu près 200 produits ce qui est important de comprendre, c'est qu'on couvre 90% des besoins, Donc, on ne couvre pas 100% des besoins, pas encore, mais on couvre 90% des besoins. Et donc, dans 90% des cas, c'est assez simple de migrer chez Scaleway plutôt que chez AWS. Et donc ça, c'est un élément qui est important, mais il reste les 10% des cas. Il reste que c'est une décision, quelque part, courageuse. Il y a quelques années, on disait « Nobody got fired for having chosen IBM ». Monde Numérique : [13:03] Oui, bah oui. Damien Lucas: [13:05] Aujourd'hui, je pense qu'on peut l'appliquer avec les grandes technologies du cloud. Donc, il y a des décisions à prendre, des décisions courageuses, et on l'a vu. On a vu notamment, et je tiens à le souligner, un certain nombre de décisions politiques dans ce cadre-là. France Télévisions, France Télévisions qui décide de basculer toute son infrastructure chez Scalway. La ville de Copenhague, et on sait à quel point la dépendance à Microsoft était un problème pour le Danemark, la ville de Copenhague décide de basculer toute son infrastructure chez Scalway, plus proche de nous, la ville de Toulouse qui décide de basculer toute sa infrastructure chez Scalway. Et ce mouvement-là, c'est un mouvement qu'on voit arriver de manière de plus Damien Lucas: [13:48] en plus régulière et de manière de plus en plus certaine. Monde Numérique : [13:55] Mais alors, vous dites indépendance par rapport aux technologies américaines, quand même, en même temps, vous dites que vous venez de recommander des flopés de processeurs NVIDIA. Il n'y a aucun équivalent sur le marché. Il commence à y avoir pourtant des fabricants de processeurs dédiés à l'IA européens et même français. Est-ce que vous vous y intéressez ? Damien Lucas: [14:16] Alors, on s'y intéresse beaucoup. Je rappelle, un cloud provider, c'est tout un ensemble de technologies. Si on commence par les couches basses, il y a la question des data centers. En France, tous nos équipements tournent dans des data centers français. Monde Numérique : [14:30] Combien de data centers en France, aujourd'hui, vous avez ? Damien Lucas: [14:33] Alors, en fait, la question de combien, nous, ce qu'on cherche en tant que cloud provider, c'est d'en avoir le moins possible. Dans un monde idéal, on ne tournerait que dans trois data centers parce qu'on n'en a pas besoin de plus. Quand ils sont trop petits, on est obligé d'en avoir un peu plus. Donc aujourd'hui, ce qui est important pour un cloud provider, c'est d'avoir des data centers qui soient suffisamment éloignés les uns des autres. Donc on est présent à Paris avec 4 data centers qui sont relativement éloignés les uns des autres, on en a un qui va être 15 km au nord-ouest un autre qui est 5 km au sud-est de Paris un autre qui est dans Paris pour des questions de sécurité. Monde Numérique : [15:12] De redondance, etc. Damien Lucas: [15:13] Exactement pour éviter un drame comme celui qui s'est passé à Strasbourg où 2 data centers sont finalement tellement proches que on peut avoir 2 serveurs qui font une forme de réplication qui vont être affectés tous les deux par un même incident. Donc pour éviter ça, ce qu'on fait dans le design chez Scalway, et c'est comme ça que font la plupart des hyperscalers américains, c'est trois data centers minimum, distants de plus de 5 km les uns des autres, et moins de 50. Monde Numérique : [15:44] Donc vous en avez à Paris, et vous en avez aussi dans le sud de l'Amsterdam, Marseille. Damien Lucas: [15:50] Milan, Stockholm, et on a annoncé Berlin très bientôt en ouverture de Data Center. On va continuer à ouvrir ce qu'on appelle ces zones de disponibilité dans le domaine du cloud pour pouvoir couvrir les besoins de toute l'Europe. Et effectivement, après, il y a la couche matérielle et la couche logicielle. Sur la couche logicielle, on n'a aucune dépendance. On n'a pas besoin de VMware Broadcom, on n'a pas besoin de Red Hat IBM, on n'a pas besoin de Microsoft. Monde Numérique : [16:22] Donc c'est quoi ? Ce sont vos solutions ou ce sont des solutions françaises ? Damien Lucas: [16:26] Ce sont nos solutions qui sont développées chez Scaleway avec un certain nombre de bases open source, les bases open source nous permettant de pouvoir travailler un peu plus rapidement. Monde Numérique : [16:35] Ok. Damien Lucas: [16:37] Et puis sur cette couche matérielle, évidemment on regarde tout ce qui se fait. On regarde tout ce qui se fait en Europe. Aujourd'hui, la difficulté c'est que quand même, notre promesse vis-à-vis de nos clients, c'est de leur apporter le meilleur, Et donc, on apporte évidemment le meilleur. Et aujourd'hui, ça reste les B300 qu'on a donc lancé le mois dernier de NVIDIA. Et puis, on propose des alternatives. On a toujours proposé des alternatives. Et donc, on propose des alternatives aussi dans notre cloud. On propose en termes de CPU, on propose du RISC-V, qui est une technologie complètement ouverte. On propose aussi de l'ARM avec Ampère. On propose tout un tas de technologies différentes de manière à pouvoir répondre aussi aux besoins de dérisquer et de regarder. Aujourd'hui, il y a des solutions probablement prometteuses dans le domaine du GPU français. Il n'y a rien qui soit encore complètement utilisable et haut niveau. J'espère que ça va arriver très vite et je regarde ces sociétés de très très près, comme vous pouvez l'imaginer. Monde Numérique : [17:45] Oui, bien sûr. Je reviens un instant sur... Alors, c'est très bien toutes ces garanties que vous donnez, voilà, en termes de souveraineté, d'indépendance, de sécurité, etc. Mais est-ce que c'est ça que les clients regardent ? Encore une fois, je suis une startup, j'ai besoin d'un cloud pas cher pour faire ça, ça et ça. Je ne vais pas... Si, en plus, c'est français et c'est secure, tant mieux. Mais est-ce que ça ne passe pas après, finalement, ces éléments de choix ? Damien Lucas: [18:15] Je pense que ça dépend des domaines. Il y a des domaines pour lesquels... Monde Numérique : [18:18] Oui, ça dépend des clients, ça dépend des domaines. Damien Lucas: [18:21] Une startup dans le domaine militaire n'aura pas les mêmes critères de décision qu'une startup dans le domaine de l'entertainment. Donc évidemment, ça dépend des différents cas. Mais oui, l'ambition aujourd'hui chez Scaleway, c'est bien de fournir un service équivalent à un prix équivalent et même plutôt meilleur, le tout dans des conditions différentes, en l'occurrence dans, une immunité aux lois extraterritoriales, une indépendance technologique, et ça, ça compte. Peut-être le dernier élément, et on en a touché un mot rapidement, mais c'est aussi la disponibilité de la solution. Et donc la disponibilité de la solution puisque quand vous êtes une startup, vous voulez choisir un cloud provider qui va vous permettre de développer la startup, y compris à l'international. Et c'est pour ça que c'est extrêmement important que ce marché du cloud c'est bien un marché qui est un marché mondial. On ne peut pas imaginer un cloud français, un cloud allemand, un cloud italien, un cloud suédois et un autre cloud hollandais. Il faut vraiment des acteurs, qu'ils soient des acteurs européens, qui permettent d'avoir la taille critique pour que les clients se sentent en confiance, de se dire, en faisant le choix de ce qu'elle oeille, demain, je pourrais partir à la conquête du monde entier si ma startup explose et si le produit de ma startup est commercialisé aux quatre coins du monde. Monde Numérique : [19:48] Mais est-ce que vous êtes présent aux Etats-Unis, comme au VH par exemple ? Damien Lucas: [19:52] Alors je vous invite à suivre l'actualité dans les toutes prochaines semaines, Damien Lucas: [19:57] et on en parlera plus en détail dans les toutes prochaines semaines. Monde Numérique : [20:01] D'accord, c'est intéressant. Donc vous avez l'intention, si on vous suit, de vous battre sur ce qui fait vos valeurs, votre ADN, donc souveraineté, etc., mais aussi sur le prix, si on comprend bien. Damien Lucas: [20:13] Ça a toujours été le cas. Et notamment, on a eu une... un petit détail sur les prix, mais qui fait une grosse différence. Monde Numérique : [20:21] Il y a une remise Black Friday ? Il y a une remise Black Friday ? Damien Lucas: [20:26] Ah non, d'ailleurs, il y en a. Il y a aussi une remise Black Friday. Monde Numérique : [20:30] C'est fini. Damien Lucas: [20:31] C'était il y a déjà un mois, un mois et demi. Mais chez Scaleway, on ne facture pas, de frais de sortie des data. Les hyperscalers américains, ils considèrent qu'une fois que vous avez mis la data dans leur cloud, chaque octet qui sort doit être facturé. C'est un petit peu une taxe à sortir de l'environnement AWS. Monde Numérique : [20:58] Sortir, pour l'utilisation, vous voulez dire, ou c'est quand on quitte le cloud ? Damien Lucas: [21:02] Non, pour l'utilisation. Monde Numérique : [21:04] Pour l'utilisation, d'accord. Damien Lucas: [21:05] Et comme ça, si vous avez de la data qui est dans un environnement d'un hyperscaler et que vous voulez la sortir pour la traiter dans un autre environnement et ensuite la ramener dans l'environnement de l'hyperscaleur, vous payez une taxe à chaque fois qu'un octet sort. À cet endroit-là. Monde Numérique : [21:22] Et ça, vous n'avez pas ça ? Damien Lucas: [21:24] Donc, on parle d'igresse-fise dans le métier. Et donc, cette taxe-là, quelque part, nous, on a décidé de ne pas la facturer. Alors oui, c'est un coût parce que ça veut dire qu'il faut quand même avoir de la connectivité vers tout le reste d'Internet. C'est des routeurs, c'est des fibres optiques. Donc, ça a évidemment un coût. Mais chez Scalow, on a décidé de ne pas la facturer parce que c'est aussi notre logique d'ouverture vers le reste du monde, vers un écosystème et de laisser le client libre de choisir les meilleurs des produits pour chacun des applicatifs. Et si pour ça, il doit faire transiter la data à l'intérieur et à l'extérieur du cloud Scaleway, on est prêt à prendre ce risque. Monde Numérique : [21:58] C'est l'avantage d'appartenir à un groupe qui est aussi un opérateur ? Damien Lucas: [22:02] Bien sûr, ça fait aussi partie de ses avantages. Scaleway dispose de sa propre infrastructure, mais évidemment, quand cette infrastructure est adossée à l'infrastructure du cinquième plus gros opérateur européen, ça fait la différence et ça nous permet d'être très compétitifs, notamment sur les coûts de réseau. Monde Numérique : [22:20] Et si je suis, encore une fois, je me mets un peu dans la place, parce que je pense que c'est intéressant de vous entendre, y compris si on est soi-même client potentiel, entrepreneur. Si je suis, par exemple, chez Amazon ou chez Google et que je veux venir chez vous, c'est possible ça ou c'est très compliqué et très cher ? Damien Lucas: [22:39] Non, c'est possible. Surtout, je vais répondre peut-être sur deux versants. Il y a un versant technique et un versant financier. Sur le versant technique, si vous avez eu la bonne idée de développer votre infrastructure avec des concepts modernes, de l'infrastructure as-code, du microservice, du Kubernetes et des technologies open source, ça devient extrêmement simple de basculer chez Scaleway. Parce qu'on va avoir vraiment les mêmes produits. Monde Numérique : [23:11] On prend le contenant et on l'emmène chez vous. Damien Lucas: [23:16] Exactement. Ce qu'on appelle un Terraform dans la logique technique, c'est ce qui décrit en fait toute l'infrastructure. On fait une traduction de ce Terraform et on peut redéployer toute l'infrastructure chez Scalway et c'est extrêmement simple. Donc pour les infrastructures modernes, c'est extrêmement simple de basculer d'un côté à l'autre. D'un point de vue financier, là je vais faire un parallèle très simple, c'est exactement comme un déménagement. La difficulté d'un déménagement pour une entreprise. Monde Numérique : [23:46] Ça peut coûter cher alors. Damien Lucas: [23:48] C'est que ça peut coûter cher si on doit payer un double loyer pendant six mois. Et c'est ça qui risque de coûter cher. Et donc ce qu'on propose chez Scaleway, et on n'est pas les seuls, c'est communément admis dans l'industrie du cloud, de la même manière que c'est communément admis dans l'industrie immobilière, on propose une franchise de loyers. Damien Lucas: [24:06] Pour que les clients qui viennent d'AWS et qui arrivent chez nous, mais on va leur dire, si vous restez 3 ans ou 6 ans ou 9 ans comme dans l'immobilier, si vous vous engagez à rester 3 ans chez nous, à ce moment-là on va vous faire 6 mois gratuits parce qu'on sait que vous avez des travaux à faire de portage et on ne veut pas vous laisser, payer double loyer pendant ce temps-là donc on va vous aider finalement pendant cette période de déménagement à ce que vous ne payez pas ce double loyer Bon. Monde Numérique : [24:38] C'est bon, c'est bien, vous êtes un propriétaire sympa. Donc, une dernière question, Damien Lucas, un peu plus générale, pour prendre un peu de recul. Est-ce que l'Europe peut encore rattraper son retard en matière de cloud ? Est-ce que c'est une course, c'est un objectif atteignable, sincèrement ? Damien Lucas: [24:56] Sincèrement, je pense qu'il n'est vraiment pas trop tard. Je vois des signaux très positifs qui montrent que beaucoup de sociétés sont en train de se réveiller. Les signaux des pouvoirs publics, il faut les prendre en compte. Je pense que trop longtemps, l'Europe a banni le concept d'une préférence européenne ou d'un European by Act. Il y a quelques mois, lors du sommet franco-allemand de la souveraineté numérique, on avait du coup et le président Macron et le chancelier Merz tous les deux sur scène à parler de préférence européenne, je pense que c'est un très bon message qui a été passé à l'Europe, et qu'il suffit de ça, parce que des champions du cloud européen on en a pas besoin de beaucoup, on en a besoin de 3 ou 4 les allemands ils en ont 3 ou 4, pardon les américains en ont 3 ou 4 si les européens en ont 3 ou 4 ça suffira et on les a ces champions, et donc ce qui nous manque essentiellement aujourd'hui c'est de la commande donc on est en capacité de le faire la technologie est là, les acteurs sont là, on a la chance en plus de vivre une transformation technologique une vraie rupture technologique qui est liée à l'IA qui va amener toutes les entreprises à se reposer la question de quel sera le bon cloud pour les 5 ou les 10 prochaines années on a des vrais champions européens il ne reste plus qu'à le faire mais c'est vraiment pas trop tard. Monde Numérique : [26:22] Eh bien voilà, le message est passé. Merci beaucoup Damien Lucas, CEO de Scaleway. Merci pour cette interview dans le monde numérique. Damien Lucas: [26:30] Merci.
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