🔎 L’IA menace-t-elle le doublage français ? (Zoom Tech)
Maison Connectée26 février 202606:29

🔎 L’IA menace-t-elle le doublage français ? (Zoom Tech)

À l’occasion des Césars, 4000 artistes dénoncent un “pillage” lié à l’intelligence artificielle. En ligne de mire : le clonage de voix et l’automatisation du doublage, qui pourraient bouleverser tout un pan de l’industrie du cinéma.

Le doublage français face au tsunami de l’IA

Profitant de la cérémonie des Césars, des milliers de comédiens et professionnels du cinéma tirent la sonnette d’alarme face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle. Si le débat n’est pas nouveau, les progrès récents des modèles génératifs relancent fortement les inquiétudes.

Des outils comme le modèle chinois SeeDance, capable de générer des séquences vidéo d’un réalisme spectaculaire, illustrent l’accélération technologique en cours. Mais à court terme, c’est surtout le doublage qui concentre les craintes. En France, environ 85 % des films sont consommés en version française, un marché stratégique.

Des plateformes comme Prime Video ou YouTube expérimentent déjà le doublage et la traduction automatisés. Pour certains contenus – catalogues anciens, productions modestes ou vidéos en ligne – l’IA pourrait rapidement s’imposer pour des raisons de coût et de rapidité d’exécution.

Clonage de voix : la ligne rouge

Le cœur du problème réside dans la capacité des systèmes d’IA à cloner une voix à partir d’enregistrements existants et à générer ensuite des dialogues complets. Ces technologies sont parfois entraînées à partir de voix réelles sans consentement explicite.

Huit doubleurs français ont ainsi mis en demeure deux sociétés d’IA accusées d’avoir utilisé leur voix sans autorisation. Les signataires de la tribune ne réclament pas l’interdiction de l’intelligence artificielle, mais un encadrement clair : consentement écrit préalable, rémunération lorsque la voix sert à entraîner un modèle ou à produire un contenu, et transparence vis-à-vis du public lorsque des voix sont générées artificiellement.

Certaines productions demandent déjà aux comédiens d’autoriser le clonage de leur voix pour des usages précis, comme la modification d’une réplique sans retour en studio. Mais les risques de dérive existent, notamment en cas d’exploitation abusive ou de création de contenus illicites.

Entre crainte et opportunité

La fiction avait anticipé ces dérives : le premier épisode de la saison 6 de Black Mirror mettait en scène une actrice, incarnée par Salma Hayek, dont l’image et la voix étaient exploitées sans réel contrôle contractuel.

Tous les artistes ne rejettent cependant pas ces innovations. Christian Clavier estime que le clonage vocal pourrait favoriser l’exportation des films français, en permettant un doublage plus fidèle dans plusieurs langues, voire avec la propre voix de l’acteur adaptée à chaque marché. Couplées à la synchronisation labiale par intelligence artificielle, ces technologies pourraient, à terme, rivaliser avec le doublage traditionnel.


[0:01] Alors où l'intelligence artificielle s'installe partout ? Eh bien en France, [0:05] c'est le monde du cinéma et notamment du doublage qui monte au créneau. A l'occasion de la cérémonie des Césars ce jeudi, 26 février. [0:13] 4000 artistes dénoncent un pillage en règle et réclament une réglementation face au tsunami de l'IA qui arrive. Alors qu'en est-il exactement ? On va voir ça en détail. Alors d'abord, pourquoi est-ce qu'on parle de ça en ce moment, alors que le problème est latent depuis au moins un an ? Parce que les Césars, c'est toujours l'occasion de braquer les projecteurs sur le monde du cinéma, et donc les professionnels ont décidé de saisir l'occasion pour attirer l'attention sur ce sujet-là. Et puis, dans le même temps, on a encore fait des progrès récemment. Par exemple, le modèle SeeDance, le modèle chinois, qui permet de générer des séquences vidéo avec un réalisme complètement dingue. Mais ce qui inquiète surtout les professionnels français à court terme, c'est donc la question du doublage, puisque regarder des films en VF, en version française doublée, c'est environ 85% des usages. Alors, le problème n'est pas nouveau, donc on en parlait déjà il y a un an. Sauf qu'il y a un an, l'IA n'était pas aussi réaliste qu'aujourd'hui. On pouvait encore dire, oui, mais l'intelligence artificielle, ça ne fera jamais aussi bien qu'un humain. Voilà, aujourd'hui, ça a encore évolué et ça va continuer. Le réalisme ne cesse de s'améliorer. Le recours à l'IA, en plus, on peut le parier, va se généraliser. Par exemple, des plateformes comme Prime Video ou comme YouTube expérimentent déjà le doublage ou la traduction automatisée de contenu. D'ailleurs, beaucoup de professionnels estiment que pour une partie du marché, les petits films, les catalogues anciens, les contenus en ligne. [1:42] C'est l'IA qui va s'imposer parce que ça coûte moins cher et ça permet d'aller plus vite. [1:48] Conséquence, l'IA ne va donc certainement pas complètement tuer le métier de doubleur, mais elle va probablement rétrécir le marché. Voilà donc pourquoi les comédiens s'inquiètent. Alors, ça pourrait faire sourire, on pourrait se dire, oui, c'est comme les marchands de bougies qui protestaient contre l'électricité, on ne peut rien y faire, c'est comme ça, c'est le progrès, et donc s'opposer à ça, [2:08] c'est un combat perdu d'avance. Sauf qu'en réalité, c'est un petit peu plus compliqué. [2:13] Le problème, très concret pour les comédiens de doublage, c'est que les systèmes d'IA sont capables de cloner une voix à partir d'enregistrements existants, puis de générer des dialogues entiers. Or, ces IA sont entraînés à partir de voix réelles, et parfois, ce sont même les leurs, et parfois, sans leur consentement. Et là, il y a quand même un problème, parce que c'est ni plus ni moins du piratage, du pillage, en fait, d'où le mot d'ordre contre le pillage. C'est pour ça, d'ailleurs, que très concrètement, 8 doubleurs français ont mis en demeure 2 sociétés d'IA accusées d'avoir cloné leur voix sans accord préalable. Du coup, la tribune des 4000 prend bien soin de ne pas réclamer l'interdiction générale de l'intelligence artificielle, mais une réglementation, un cadre un peu plus clair. Et notamment, ils insistent sur plusieurs points. Ils veulent un consentement explicite, c'est-à-dire qu'on ne puisse plus cloner une voix ni utiliser des enregistrements pour le faire sans l'accord écrit de l'artiste. [3:09] Une rémunération également, prévoir des droits lorsque la voix ou l'image d'un artiste sert à alimenter un modèle ou à générer de nouveaux contenus. Et puis de la transparence vis-à-vis du public aussi, informé clairement quand une voie est générée ou modifiée par IA ». Bon, ça, chacun pourra en penser ce qu'il veut. Mais en tout cas, il y a d'autres problèmes induits moins visibles que le pillage et qui sont une réalité pour ces professionnels. Par exemple, des productions qui, aujourd'hui, obligent des comédiens à signer une autorisation de clonage pour des voix, pour un usage bien précis, par exemple, pour pouvoir refaire une phrase dans un film sans avoir à retourner la scène ou à redemander aux comédiens de revenir en studio. Mais il y a un risque, c'est de tomber sur des gens peu scrupuleux qui vont exploiter la voix pour faire autre chose, et même y compris des contenus illicites, c'est déjà arrivé. [3:59] Il y a bien déjà des deepfakes de personnalités connues. D'ailleurs, c'est un peu l'histoire que racontait le premier épisode de la saison 6 de Black Mirror en 2023, où l'actrice Salma Hayek se faisait cloner, et son clone était utilisé pour des films avec lesquels elle n'avait rien à voir, et en fait elle ne pouvait rien faire parce qu'elle avait signé un contrat avec des petites lignes qu'elle n'avait pas bien lues. C'est donc, pour un certain nombre de professionnels, un véritable problème, un risque d'être abusé. [4:26] Cela dit, il y a quand même aussi des comédiens qui, eux, sont favorables au doublage par intelligence artificielle. Par exemple, Christian Clavier, qui pense que ça va permettre de mieux exporter les films français en les doublant dans plusieurs langues, et y compris... [4:39] Éventuellement avec sa propre voie clonée. Ça devrait ouvrir notamment le marché américain où le doublage est souvent assez approximatif, paraît-il. En plus, aujourd'hui, on parle non seulement de voies générées par IA, mais aussi de synchronisation labiale par images de synthèse. Donc le résultat, à terme, risque d'être même meilleur qu'avec du doublage classique. Du coup, l'argument qui consiste à dire que le doublage par IA est moins bon que le doublage par des humains, ça risque de ne pas tenir très longtemps. Quand on voit la vitesse à laquelle progressent les intelligences artificielles. [5:12] Mais bien sûr, on ne réagit pas de la même manière quand on est un artiste célèbre et reconnu et quand on est un professionnel un peu plus dans l'ombre ou un débutant mal conseillé. Donc l'erreur serait sans doute de tout mettre dans le même sac, de faire un combat fourre-tout où on parle à la fois des droits des comédiens parfaitement légitimes et aussi de la peur de la transformation d'une industrie qui, elle, paraît inéluctable. Et puis cette histoire nous interpelle tous parce qu'on aime tous le cinéma, [5:44] mais aussi parce qu'on se sent peut-être tous plus ou moins concernés. On sait que l'IA frappe déjà d'autres professions moins visibles, comme par exemple les traducteurs ou traductrices, et d'autres professionnels qui vont être touchés inéluctablement dans le futur. Donc il serait peut-être urgent quand même de se pencher aujourd'hui sur ce problème, sans rejeter l'intelligence artificielle car ce serait totalement contre-productif, mais en examinant sérieusement les tenants et les aboutissants, les solutions possibles, à titre collectif et aussi sans doute individuel.
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