Jérôme Colombain:
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0:01] Si vous aviez un ordinateur connecté à Internet au début des années 2000, et croyez-moi, on n'était pas nombreux, à peine 3 foyers français sur 10 à l'époque,
Jérôme Colombain:
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0:09] dont la moitié seulement en haut débit. Bref, si vous étiez parmi ces heureux élus, vous utilisiez certainement le logiciel Skype. Parce que Skype, c'était génial. Ça permettait de passer des appels gratuitement dans le monde entier. Et à l'époque, c'était révolutionnaire, car le téléphone n'était pas devenu gratuit. Donc on pouvait ainsi court-circuiter les opérateurs classiques, en toute légalité bien sûr. Mais Skype, c'est fini, puisque l'application appartenante à Microsoft vient d'être débranchée cette semaine, après 22 années de bons et loyaux services. Alors, racontons un petit peu l'histoire de Skype. C'était d'abord une belle histoire européenne, puisque l'application avait été créée en 2003 par deux entrepreneurs européens, un Suédois, Niklas Zennström, et un Danois, Janus Friis. Et ensuite, elle a été développée par trois Estoniens, qui s'était fait remarquer auparavant en créant un autre logiciel très célèbre à l'époque, Casa, programme de peer-to-peer pour partager illégalement de la musique, des films, etc. Le secret de Skype, c'était une technologie innovante basée précisément sur le même système que Casa, autrement dit du peer-to-peer. En gros, chaque ordinateur connecté sert de relais pour les autres utilisateurs.
Jérôme Colombain:
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1:22] Résultat, des coûts d'infrastructure minimes. Pas besoin de développer un réseau dédié. Et pourtant, une qualité audio excellente, bien meilleure que le téléphone classique. De l'audio, mais aussi de la vidéo. Bien sûr, ça passait d'ordinateur à ordinateur seulement, dans un premier temps. Mais c'était gratuit. Et puis, on pouvait même acheter aussi des crédits pour appeler des numéros de téléphone classiques par Skype depuis son ordinateur. Ce qui revenait quand même beaucoup moins cher, d'ailleurs, que par les réseaux traditionnels pour des appels longue distance. La qualité audio était supérieure à la téléphonie, à celle de la téléphonie traditionnelle. je l'ai dit, grâce à des codecs, des systèmes de compression, décompression, optimisés notamment pour les connexions lentes à bas débit, parce qu'à l'époque, tout le monde n'avait pas le haut débit. Enfin, autre avantage de Skype, les appels vocaux et vidéos, ainsi que les messages écrits, étaient chiffrés de bout en bout, ce qui garantissait une certaine confidentialité, bien avant qu'on parle d'atteinte à la vie privée sur les réseaux. Du coup, succès immédiat pour Skype, 54 millions d'utilisateurs inscrits, 2005, quelques années à peine après le lancement. Il s'est même installé en
Jérôme Colombain:
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2:31] entreprise. Et c'est pour ça qu'il a rapidement suscité des convoitises. Skype a ainsi été racheté, d'abord par eBay en 2005, puis revendu à Microsoft en 2011, car eBay ne savait pas quoi en faire.
Jérôme Colombain:
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2:44] Skype était un super produit auquel des millions de gens s'étaient attachés. Alors pourquoi meurt-il aujourd'hui ? Pourquoi a-t-il périclité ? Eh bien, on peut dire que Microsoft a tué Skype. Un peu par nécessité technique et aussi beaucoup, peut-être, par maladresse.
Jérôme Colombain:
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3:01] Certes, Skype s'est fait surpasser par d'autres applications de messagerie instantanée, Messenger, WhatsApp, les réseaux sociaux. Face à cela, il n'a pas su se réinventer. Et au contraire, Microsoft a fait n'importe quoi en rendant Skype de plus en plus lourd. L'ergonomie était devenue horrible, alors qu'au début, c'était hyper facile à utiliser. C'est devenu sur la fin une usine à gaz, comme la firme américaine est capable d'en faire parfois, ce qui est une catastrophe.
Jérôme Colombain:
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3:28] Microsoft a finalement porté le coup de grâce en sortant un concurrent direct en 2017, baptisé Teams, un autre logiciel de voix sur IP. Résultat, plus aucun intérêt d'utiliser Skype, en fait. Autre temps, d'ailleurs, les gamers s'étaient tournés vers Discord et les professionnels qui n'avaient pas été poussés par Teams avaient également été séduits par Meet, par exemple, de Google intégré à Gmail. Pourtant, Skype aurait pu cartonner pendant le Covid, par exemple. Mais c'est Zoom qui a pris le dessus. Là encore, sans doute en raison de quelques erreurs stratégiques et marketing de Microsoft. Bon alors, faut pas jeter la pierre, Microsoft aura quand même testé des bonnes choses, comme par exemple la traduction simultanée Skype Translator, lancée en 2014.
Jérôme Colombain:
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4:11] Bref, aujourd'hui, Microsoft coupe Skype définitivement. L'arrêt de mort date du 5 mai 2025.
Jérôme Colombain:
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4:18] Au profit de Teams, l'autre outil de communication de la firme américaine, c'est vrai que c'est plus logique, ça rationalise l'offre de communication de Microsoft. C'est vrai aussi que techniquement, Teams était sans doute mieux adapté au cloud et au monde de l'entreprise que ne l'était Skype. Mais ils auraient quand même peut-être pu le faire évoluer, Et quitte à le transformer en Teams, au lieu de cela, ils ont préféré cannibaliser Skype avec Teams, ce qui paraît assez absurde.
Jérôme Colombain:
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4:48] Aujourd'hui, la disparition de Skype paraît donc normale, mais on est triste parce que Skype, on l'aimait bien. Et au passage, on notera que c'est quand même malheureusement une nouvelle défaite technologique européenne.