✍️ Quand l'IA joue avec notre cerveau : le phénomène des paréidolies
Monde Numérique18 avril 202503:35

✍️ Quand l'IA joue avec notre cerveau : le phénomène des paréidolies

Et si l’intelligence artificielle réveillait notre imagination la plus primitive grâce aux paréidolies ? En recréant ces illusions d'optique, les IA génératives brouillent la frontière entre perception, illusion et création.

Quand notre cerveau voit des visages partout

La paréidolie, ce phénomène étrange qui nous pousse à voir des visages ou des formes familières là où il n’y en a pas, est profondément ancrée dans notre cognition. Un nuage qui ressemble à un chien, une prise électrique qui sourit, un cratère sur Mars en forme de tête d’ours : autant d’illusions visuelles que notre cerveau fabrique presque malgré nous. Cette tendance à projeter du sens sur des formes abstraites n’est pas qu’un bug du cerveau : elle raconte aussi notre besoin humain d’interpréter le monde.

L’IA s’en mêle : vers une pareidolie artificielle

Aujourd’hui, les IA génératives comme Midjourney ou Stable Diffusion peuvent elles aussi produire des paréidolies – mais cette fois, sur commande. Il suffit d’un bon prompt pour générer une forêt pleine de visages cachés, une ville-machine ou un paysage lunaire énigmatique. Ce qui était une simple curiosité cognitive devient ainsi un champ d’expérimentation ludique et créatif. Des artistes comme des ingénieurs s’approprient ce terrain pour créer des images troublantes où se mêlent le réel, l’illusion et l’imaginaire.

Une machine sans intention, mais des humains pleins d’imaginaire

Derrière ces créations, une question essentielle émerge : que nous disent ces images sur nous-mêmes ? L’IA ne fait que générer, sans intention ni émotion. Mais c’est nous, les humains, qui projetons du sens, qui interprétons, qui voyons. Cette exploration de la paréidolie rappelle que même à l’ère de la création automatisée, c’est notre regard qui fait l’œuvre. La technologie nous tend un miroir : elle ne crée pas à notre place, elle amplifie ce que nous sommes déjà capables de percevoir.

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Jérôme Colombain: [0:01] L'intelligence artificielle, c'est pas seulement pour faire des choses sérieuses. On l'a vu avec le phénomène des images Ghibli ou celui des starter packs. On peut aujourd'hui s'amuser avec de l'IA, faire des trucs ludiques, voire futiles ou même artistiques. Connaissez-vous les images de pareidolie ? La pareidolie, c'est un phénomène psychologique qui nous fait voir à nous humains des formes familières, quelquefois des visages de personnes ou des animaux, là où il n'y en a pas. Par exemple, dans un nuage ou sur une façade d'immeubles. et c'est ainsi qu'une prise électrique ou une calande de voiture ressemble à une tête souriante avec des yeux et une bouche ou encore qu'un cratère sur la planète Mars a une tête d'ours. Il s'agit d'une sorte de bug du cerveau humain, une fonction cognitive qui est ancrée au fond de nous qui projette des images rassurantes sur des choses abstraites.

Jérôme Colombain:
[0:50] Et le plus étonnant, c'est qu'aujourd'hui, ce phénomène bizarre n'est plus l'apanage de la nature car l'intelligence artificielle permet de créer délibérément des pareidolies. Vous avez peut-être vu passer sur les réseaux sociaux des paysages ou des panoramas de villes, des panoramas industriels, etc. Toutes sortes d'images représentant en fait des visages ou des formes connues avec un effet assez bluffant. Comment ça marche ? Eh bien, il suffit d'un bon prompt sur une IA générative d'images comme Stable Diffusion, Dali ou Midjournée. Et le résultat est spectaculaire, car les IA ont appris à reconnaître et à recréer ce phénomène en s'entraînant à partir d'énormes bases de données d'images. Résultat, quand on leur demande de générer une scène étrange ou une ambiance surréaliste, elles ne se font pas prier et elles s'en sortent plutôt bien. Du coup, certains se sont emparés de ce mécanisme. Des ingénieurs, des artistes qui s'en donnent à cœur joie et qui demandent par exemple aux IA, génère une forêt où l'on croit voir des visages ou bien créer une ville qui ressemble à une machine vivante. Encore, dessine-moi un paysage lunaire dans lequel se cache un visage humain.

Jérôme Colombain:
[2:00] Résultat, des images parfois énigmatiques, drôles, troublantes, où la frontière entre le hasard et l'intention paraît un peu floue. Des contes entiers sont dédiés à cette nouvelle forme esthétique, voire quasiment artistique. On trouve des photos modifiées ou générées par IA, où des visages apparaissent dans des casseroles, dans des paysages ou encore dans des plis de draps, par exemple.

Jérôme Colombain:
[2:26] Ce qui n'était au départ qu'un divertissement devient peu un peu un champ d'exploration artistique et même scientifique, car parallèlement, des chercheurs étudient la façon dont les réseaux de neurones détectent ou ignorent les faux visages.

Jérôme Colombain:
[2:39] Ça ouvre même un nouveau type de questionnement. On peut se demander si la machine n'est pas en train de nous faire voir ce que nous ne savons pas, nous-mêmes, que nous cherchons. Car l'IA, en fait, n'a pas d'intention, pas de perception propre, évidemment. Elle produit des images sur la base de données numériques et c'est nous, c'est nous qui voyons des choses, c'est nous qui projetons notre imaginaire. À l'heure où la machine peut donc imiter nos styles, nos photos de famille, nos caricatures, nos rêves, etc., cette pareidolie nous rappelle quand même

Jérôme Colombain:
[3:10] que, finalement, c'est l'humain qui reste au centre de la création. Non pas comme technicien, mais comme interprète, Car c'est notre capacité à voir un sourire dans une tâche d'encre ou un fantôme dans un arbre biscornu qui donne à ces images toute leur puissance.

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